10/02/2017 #18

Deux factions pour l'effondrement

Le 6 février 2017, OAY a mis en favori un article (daté du 26 janvier 2017) d'un magazine espagnol « La Línea de fuego » (La Ligne de Mire). [1 ]

Source : lalineadefuego.info

Cet article est de toute évidence une réponse aux questions concernant les « deux factions » aux prises pour décider de la date de l'effondrement, comme le dévoilait un texte que OAY a placé sous son avatar entre 16/12/2016 et le 17/01/2017:

Texte sous avatar de OAY : « Deux factions de l'Élite sont maintenant en lutte, l'une planifiant l'effondrement le plus tôt possible, l'autre pour avril 2021. Ce n'est plus une prévision mais un programme. »

Je vous engage, mes amis, à lire ce document et à partager votre analyse avec le groupe.

Ma conclusion personnelle à la lecture de cet article, qui me semble très fin sur l'évaluation des forces en présence, est que ces deux factions ne sont pas deux entités homogènes (les banquiers contre les militaires, les militaires contre les politiques ou les Chinois (ou Russes) contre les Américains, etc.) mais plutôt deux groupes à la structure plus ou moins floue et mouvante, dont les membres n'agissent qu'en fonction de leurs intérêts à court terme, et dont certains peuvent changer de camp selon la direction que prendront les événements, les menaces proférées ou les récompenses promises.

Il est à noter que l'élection surprise de Trump a réduit à néant les pré-accords entre l'administration Obama et celle de l'ex-future-présidente Clinton. Mais à l'intérieur de ces deux pôles de pouvoir, même si globalement le monde politique soutenait Clinton et le monde militaire Trump, se cachaient déjà sans doute des groupes d'intérêt aux vues divergentes.

Je ne serai certainement pas le seul à penser que cette élection trumpienne a introduit pas mal de perturbations, aux conséquences encore difficilement prévisibles, en ce qui concerne le déclenchement de l'effondrement. L'électron libre Trump ayant fait les mêmes dégâts dans « les petits arrangements entre amis » qu'un éléphant dans un magasin de porcelaines. Il faudra sans doute attendre que le « gros cul » ait fini de traverser le magasin (quelques mois peut-être) pour que les factions fassent le compte des dégâts et tirent des conclusions qui s'imposent quant à leurs intérêts.

Globalement cependant, il semble qu'une guerre de pouvoir soit déclarée entre Trump l'empêcheur de tourner en rond et le « deep state » américain, constitué par un mélange d'intérêts (à la dynamique incertaine) de « l'establishment » finanço-militaro-politico-industriel.

Pour résumer ma pensée : il ne manque plus qu'une étincelle dans ce pitoyable décor d'opéra pour que la grande symphonie guerrière et grotesque des bouffons de l'élite mondiale se déploie dans toute son ignominie.

Vos commentaires sont les bienvenus.

Gardenteapot, le 9 février 2017

[1 ] Je ne sais pas si ce magazine espagnol est uniquement numérique. Je ne sais pas non plus si le nom a un lien avec le film de Wolfgang Petersen, « Dans la ligne de mire » (En el linea de fuego) où Clint Eastwood joue le rôle d'un agent du Secret Service qui s'en veut de ne pas avoir pu éviter l'assassinat de Kennedy.


Voici la traduction rapide de cet article qui est en espagnol :

TRUMP: DIVISIÓN DE LA ÉLITE Y DE LOS FACTORES DE PODER

Por Juan Chingo*

Avant les élections nous vous avons averti de la forte division de la classe dominante nord-américaine. L'élite du pouvoir a été amèrement divisée entre la majorité soutenant Hillary Clinton, la candidate favorite de la faction politique et corporatiste, alors que la faction militaire s'est regroupée autour de l'élection de Donald Trump.

Ceci ne signifie pas que l'élite corporatiste (GTP : des entreprises) est monolithique. Par exemple, les guerres ou les tensions géopolitiques ne plaisent pas à l'industrie pétrolière [car elles] perturbent ses affaires à long terme (voyez la Russie et la Libye). Boeing veut vendre des avions à l'Iran. D'un autre côté, une partie considérable des multinationales qui bénéficient de la segmentation du processus de production au niveau mondial se préoccupe moins de ces guerres ou man?uvres géopolitiques, aussi longtemps que ça crée de nouveaux marchés ou que ça facilite l'accès à la main d'?uvre bon marché. Pour l'instant, Trump réussit à contenir et à apaiser cette partie de l'élite dirigeante avec un mélange de menaces et de promesses d'activité lucrative : la première a été appliquée non seulement à l'industrie automobile américaine mais aussi mondiale (Toyota, BMW, etc.) qui, au risque de voir brisé ses chaînes de production principales à l'étranger, était prête à commencer à jouer le jeu de la production nationale du nouveau président.

D'un autre côté, alors que le faible taux d'imposition des sociétés est un élément central du protectionnisme renforcé de la « Trumpéconomie », cet élément est étroitement lié à un troisième : la dérégulation de la finance qui promet des dividendes juteux aux banques nord-américaines, comme on a déjà pu le voir au premier trimestre où des requins de la finance ont eu des gains extraordinaires. En liquidant les tièdes régulations imposées au secteur financier depuis le crise de 2007/8, Trump cherche à donner un avantage comparatif au secteur financier nord-américain qui se prépare à capter les capitaux et l'épargne des ménages, augmenté de la baisse des impôts et de la promesse de fabuleux rendements.

Mais joint à cette division du monde des affaires, la division politique décisive durant les élections, et après, est la bataille entre le secteur néo-conservateur/interventionniste libéral ou soi-disant « humanitaire » et les réalistes en politique étrangère. Le premier camp est représenté par la CIA et le deuxième par les militaires. La déroute de Hillary était une défaite pour le secteur [militaire ou CIA ?] qui, après l'échec des opérations militaires en Irak et en Afghanistan de l'ère Bush, est à la pointe de la provocation belligérante de l'impérialisme américain.

Ainsi, pendant près de six ans, la CIA a participé à une campagne pour un changement de régime, le financement, et l'armement des milices fondamentalistes islamiques avec l'objectif de renverser le président Bachar al-Assad, seul allié arabe de la Russie au Moyen-Orient. En 2013, les déclarations falsifiées que le gouvernement syrien avait mené des attaques avec des armes chimiques ont été utilisées comme prétexte pour lancer une guerre aérienne de grande envergure contre Assad. L'ancien président Obama, face à l'opposition populaire des Etats-Unis, aux divisions au sein de l'establishment militaire et à l'opposition des alliés de Washington de l'OTAN, sauf la France, a arrêté l'assaut aérien à la dernière minute.

A son tour, il y a peu de doute que les négociations étaient en cours entre l'équipe de campagne de Clinton et l'administration Obama avec un état très avancé de la planification d'un renforcement militaire américain massif en Syrie qui devait être lancée après la victoire électorale attendue du candidat démocrate, qui avait le soutien public des sections clés de l'establishment des renseignements. Pendant la campagne, Clinton a appelé de façon réitérée à l'imposition de « zones d'exclusion aérienne » et d'autres mesures qui présentent un risque direct d'un conflit militaire avec les forces russes opérant en Syrie. Cette politique belliqueuse avec la Russie avait son autre point chaud en Ukraine, où l'implication de la CIA est omniprésente [GTP : sans blague !]

Le transfert chaotique du pouvoir [GTP : entre Obama et Trump ; on l'a vu] a montré une aggravation du conflit entre Trump et la communauté du renseignement [GTP : Trump a rendu facultative la présence du Directeur de la CIA au Conseil de Sécurité Nationale]. Le premier a discuté publiquement les évaluations du second sur le hack russe ; la vengeance contre lui fut la fabrication d'un faux dossier sur un épisode supposé de relations avec des prostituées de Trump en Russie, avec un épisode honteux de « pluie d'or ». Malgré le caractère peu solide de toute l'histoire, ce pourrait bien être un avertissement que ceux qui écrivent le scénario de la réalité seront les forces de l'establishment et pas lui [Trump]. Pour l'instant, Trump n'est pas parvenu à un motus vivendi avec ce secteur de « l'état profond » nord-américain.

En attendant, les militaires ont obtenu trois postes dans le nouveau cabinet et espèrent être récompensés à leur mesure, la communauté du renseignement est la faction la plus rétive à être convaincue par la nouvelle vision des priorités de la politique extérieure nord-américaine. Ainsi, alors qu'il est probable que Trump augmente la rhétorique du conflit contre certains pays étrangers, en prenant soin de ne pas s'engager à entamer une guerre sérieuse (question qui plaît aux militaires), alors que ceux-ci et la puissante industrie de l'armement espéraient le lancement d'une inutile arme d'émerveillement militaire [GTP : arme de suprématie militaire ??] pour laquelle Trump promet des milliards (réédition de la Guerre des Etoile de Reagan).

En revanche, pour les néo-conservateurs, et leurs alliés dans la communauté du renseignement le rejet de la doctrine de la « promotion de la démocratie » et des révolutions colorées qui l'accompagnaient, qui était au coeur du programme de leur politique étrangère comme c'est resté clair dans le discours d'investiture de Trump à Washington, ne sont pas à leur goût.

L'abandon de la fracassante politique extérieure des dernières années et de ses implications géopolitiques (qui a eu son revers le plus retentissant en Syrie, où pour la première fois dans un conflit régional les USA sont abandonné à leur propre résolution, comme le montrent les accords de la Russie avec la Turquie et l'Iran) pour un unilatéralisme économique décisif posé par l'ordre du jour du nouveau président ne générera pas seulement d'énormes conflits externes notamment avec la Chine et l'Allemagne, mais risque également d'exacerber la contestation au sein de la classe dirigeante américaine.

* Comité de rédaction de la Révolution Permanente